Analyse critique : notre visite au Safari de Peaugres

19 Oct 2021 | Vrac | 0 commentaires

Avant-propos et remerciements

Ceci est le premier article publié par l’association New Hera. Plus que de simple mots, c’est le commencement d’un mouvement. L’association remercie sa présidente Manon Bolina, sans qui l’aventure n’aurait jamais débuté.

Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux, terrifiés et atterrés, observaient, impuissants, le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter au feu. Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit :

– Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ?

– Qu’importe, répondit le colibri, je fais ma part.

Pierre Rabhi, La Part du colibri

Introduction

L’association New Hera a été créée le 3 Septembre 2019. Cependant, Rome ne s’est pas faite en un jour ! Elle est le fruit de plusieurs semaines de réflexion et de travail. Autant dire que créer une association n’est pas de tout repos. Pour changer du labyrinthe administratif, nous avons décidé de partir sur le terrain, pour explorer notre petit monde à travers le filtre de nos idéaux. C’est ainsi que nous nous retrouvons fin Aout 2019 au fameux Safari de Peaugres. L’un des fers de lance de New Hera est la défense de la cause animale et la préservation des écosystèmes. Nous avions entendu parler d’actions entreprises par le safari. C’est donc ce qui nous a poussé à y faire un tour, et nous faire notre propre avis sur le sujet. Et voilà comment commence la première mission d’observation de notre petite association !

Mais le Safari de Peaugres, c’est quoi ? Pour les moins informés, le Safari Peaugres est un parc animalier se situant en bordure du village de Peaugres, en Ardèche (Auvergne-Rhône-Alpes). Il a ouvert en 1974 et s’étend sur plus de 80 hectares. Le safari regroupe environ 1200 animaux, pour 135 espèces de tout type, en 2019. Le parc se sépare en deux parties : un safari voiture et une visite à pied. Le safari voiture se fait soit avec son propre véhicule, soit en bus avec des horaires bien définies. Quant à la visite pédestre, il est possible de se balader dans différentes zones tentant de recréer les écosystèmes naturels des animaux. Enfin, le parc fait partie de l’EAZA et de l’AFdPZ. Ces deux associations sont respectivement l’association européenne des parc zoologiques et des aquariums ainsi que l’Association Française des Parcs Zoologiques. Ces deux associations partagent les mêmes missions : la conservation des espèces, l’éducation, et la recherche.

Ainsi, nous nous retrouvons face à un parc animalier, ce qui n’est pas très populaire chez les plus écolo-responsables d’entre nous, mais qui partage pourtant les valeurs que défend New Hera. Cette grande journée d’observation nous a permis d’y voir plus clair. Nous avons joué le jeu, et fait le parcours typique d’une famille, avec le safari voiture le matin, puis le passage à la cantine du parc, la visite à pieds, et enfin l’inévitable boutique souvenir. Vous trouverez dans le développement de l’article notre point de vue !

Les aménagements durables

Le premier axe de notre développement est les aménagements durables. En effet, le parc est parsemé de poubelles à multiples entrées permettant de faire un tri sélectif. Le plastique, les canettes, les cartons et les déchets alimentaires sont séparés dans différents compartiments en bois.

Sur ces compartiments sont inscrites les indications permettant de faire facilement le tri.

Ceci est déjà un énorme point positif, car le tri permet une meilleure gestion de nos déchets. En séparant les matières biodégradables, telles que les restes de nourriture, des matières ne se dégradant pas seule, le recyclage est optimisé ce qui amène forcément à une pollution des espaces qui diminue. Pour rester dans cet exemple, le parc met à disposition un nombre conséquent de cendriers. Il faut savoir qu’un mégot met environ une quinzaine d’années à se dégrader, et peut contaminer jusqu’à 500 litres d’eau. En faisant cela, le parc adopte une politique non répressive envers les fumeurs. Ceci les incite donc à jeter plus intelligemment leurs mégots, plutôt que de les empêcher. Ces différents aménagements visant à récupérer les déchets se repèrent extrêmement facilement, dès l’entrée du parc.

Ensuite, nous avons décidé de partir manger dans la cantine/self principale proposant plats chauds et autres sandwichs froids. Il faut donc récupérer ses couverts et choisir le plat ensuite. Le lieu propose des couverts fait à base d’amidon, qui sont donc recyclables. Pour des normes d’hygiène, ils ne peuvent pas les réutiliser, mais rien ne vous empêche de le garder pour vous en servir dans de futurs pique-nique. En effet, leur rigidité les rend facilement réutilisables, et vous pouvez vous en débarrasser sereinement dans leur fin de vie. En ce qui concerne les plats, la nourriture provient de France, et les sandwichs sont préparés avec des ingrédients provenant de producteurs locaux. Le prix est donc supérieur aux sandwichs d’entrée de gamme, mais la traçabilité des ingrédients est indéniable. Ainsi, nous nous retrouvons dans un parc au fait des enjeux concernant la nourriture et toute la pollution qui en découle (suremballage, excès d’utilisation de matériaux non recyclables ou biodégradables et question de santé).

Pour ainsi dire, le Safari de Peaugres incorpore des moyens et aménagements durables à son fonctionnement, en passant de l’installation de poubelles jusqu’à contrôler la nourriture vendues aux clients. De plus, nous pourrions considérer le tour du Safari véhiculé en bus comme étant un aménagement. Cependant, l’utilisation de véhicules à moteur thermique participe à la pollution des écosystèmes, même si le bus permet de transporter plus de personnes. Pour effectuer un tel Safari, il faudrait mettre un place un système plus durable et surtout nettement moins polluant pour visiter les écosystèmes recréés des animaux. 

Les aménagements pédagogiques

Au-delà des moyens matériels mis en œuvre pour faire de ce parc un lieu respectueux de l’environnement, il y a tout un système pédagogique ficelé autour de ces moyens. C’est notre deuxième axe : les aménagements pédagogiques. En effet, il a été choisi d’expliquer de manière ludique la bonne manière de se comporter dans le parc et, plus généralement, dans la vie de tous les jours pour adopter les bons réflexes. La direction a donc choisi de créer des mascottes ( par exemple Lola la loutre qui explique le « point écolo-rigolo »). Ainsi, plusieurs panneaux sont disséminés dans le parc et donnent des informations utiles, des chiffres, les impacts de certains comportements sur la vie de certaines espèces etc. Par exemple, au-dessus certains cendriers se trouve un panneaux expliquant que :

Un mégot peut continuer à se consumer pendant 3h et provoquer un incendie

Un mégot contient plus de 4000 produits hautement toxiques, qui vont polluer le sol, l’eau et par conséquent ce qui se retrouve dans notre assiette

Un mégot met plus de 10 ans à disparaitre

Ces informations sont illustrées, et font intervenir la mascotte Lola. Nous pouvons donc comprendre que le but de cet affichage est de toucher les enfants mais aussi les parents. Les exemples du même type sont variés et vont concerner tous les thèmes présents dans le parc animalier.

En conclusion, lors de notre visite, nous avons compris que le personnel du Safari liait très étroitement l’écologie avec la pédagogie. En effet, tous les aménagements sont accompagnés d’informations ou de précisions permettant à la clientèle du parc de comprendre pourquoi il est important de respecter certaines règles et donc de favoriser les comportements responsables

Prise en charge des espèces animales

Un des aspects les plus fondamentaux dans un parc zoologique est la manière dont le personnel (et la direction) vont concevoir la condition de vie animale. Au Safari de Peaugres, les animaux sont regroupés selon leur milieu de vie naturel : par exemple, les prédateurs vivant naturellement dans des milieux tropicaux sont regroupés dans des enclos différents, mais sont dans la même zone. Cependant, la grande majorité des résidents du parc ne sont pas là en premier lieu pour divertir une clientèle avide de sensation, mais bel et bien à des fins de conservation et d’étude. Certains des animaux ont toujours connu la captivité, et ont vécu une partie de leur vie dans des conditions horribles, avant d’être recueillis par le parc. Nous avons pu assister à une séance de soin au niveau de l’enclos des guépards (une mère et sa progéniture âgée de 2 ans) . Il est important de préciser qu’a part la mère, tous les autres guépards sont nés dans le parc. L’exercice consistait donc à les faire chasser une cible faite de plume. Le but implicite de cet exercice était de les entraîner à chasser en condition réelle, dans l’espoir de les préparer à une réinsertion dans leur milieu naturel, dans un futur proche.

 De plus, la structure possède un carnet rose plus qu’actif. Beaucoup d’espèces présentes dans le parc font partie d’un programme d’échange entre différents parcs zoologiques européens qui se concentre sur la reproduction et la diversité génétique. Pour ainsi dire, quand les mâles de certaines espèces faisant partie du programme atteignent leur maturité sexuelle, ils sont isolés et envoyés dans un autre parc zoologique partenaire qui va ensuite les laisser se reproduire avec les femelles présentes dans leur parc. Ceci favorise donc la diversité génétique et augmente petit à petit le nombre d’individus. De cette manière, les différentes espèces du parc sont donc protégées du braconnage ou autres activités humaines nuisibles. 

Ainsi, le parc zoologique peut être présenté de la même manière qu’un cirque. Mais cela reste très éloigné de la réalité en ce qui concerne le Safari de Peaugres. En effet, le parc privilégie la dimension pédagogique à la notion de spectacle. Il est clair que les affiliations à l’AFdPZ et l’EAZA montrent clairement les intentions du parc : conservation des espèces en danger et sensibilisation de la clientèle aux différents enjeux de la cause animale.

Les limites du parc

Malgré les aménagements mis en place et les idéaux que défendent le parc zoologique, il persiste certaines limites. Comme évoqué précédemment, la partie « Safari voiture » est le principal paradoxe. Est-il cohérent de sensibiliser la clientèle sur l’impact de l’activité humaine sur les écosystèmes hébergeant des milliers d’espèces, mais de continuer à proposer une activité extrêmement polluante ? En effet, même si le parc propose un tour en bus, la visite en véhicule personnel est autorisée. Cette visite peut durer de 30 minutes à 1 heure, ce qui correspond au temps où le moteur thermique du véhicule va fonctionner. En accumulant l’impact carbone de chaque voiture faisant le tour, nous nous sommes rendu compte que ce point devrait être revu, et pourquoi pas amélioré.

De plus, même si la majorité des conditions de vie animale sont respectées, une minorité ne l’est pas. Par exemple, l’enclos de certains animaux sont bien trop petits pour leurs besoins (ex : les chevaux de Przewalski), où alors sont bien trop mis en scène ce qui en fait un spectacle (ex : l’enclos a girafe).

Conclusion

Nous nous posions la question de savoir s’il était possible d’envisager un parc zoologique étant en accord avec les principaux idéaux que défend New Hera. Notre réponse est oui, dans une certaine mesure. En effet, même s’il est clair que certaines activités sont à revoir, voire à supprimer, le parc a su se mettre en accord avec des idéaux écologiques. En partant du principe que tout est relié d’une certaine manière, en prenant soin de nos déchets, en étant plus responsable, cela finira forcément par profiter aux animaux qui peuplent notre Terre. Cependant c’est un combat extrêmement long et compliqué. Le Safari de Peaugres a pu, dans son microcosme, commencé son combat pour le bien des animaux qui le peuplent, et cela se ressent dès l’entrée du parc, jusqu’à la boutique. Cette partie presque  obligatoire propose énormément de goodies permettant de récolter des fonds qui seront reversés aux différentes associations de lutte pour la cause animale et autres associations écologiques.

De plus, il est certain que le bien être des animaux reste leur principale préoccupation, dans la mesure de ce qu’ils ont le droit de mettre en place. 

En conclusion, nous avons apprécié visiter le Safari de Peaugres car nous avons pu faire notre propre point de vue sur ce sujet, que nous considérerons épineux. Nous pensons que ce genre de parc doit continuer d’exister, pour des raisons différentes pour lesquelles ils ont été créés. La vision pédagogique de cette structure est inestimable. En montrant physiquement aux générations futures les différents êtres peuplant et partageant avec nous la Terre, il sera plus aisé de leur faire comprendre l’importance d’une cohabitation durable avec eux. La Terre n’appartient pas à l’humanité, et il est donc de notre devoir d’apprendre à la partager.

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *